BARROUX Laurence : G7 et le terrorisme


Auteur : BARROUX Laurence
Le terrorisme, exercice systématique de la violence pour inspirer la terreur en vue d'un résultat politique, est un phénomène complexe et multiforme dont l'action s'étend au monde entier.
Dans un premier temps, chaque Etat touché par le terrorisme a tenté de traiter ce problème de façon autonome, en gardant ses informations pour soi. Faute de prendre en compte son aspect transnational, cette attitude a conduit à des échecs. Le terrorisme transfrontière ou financé par l'étranger s'est en effet développé de façon spectaculaire depuis vingt ans, multipliant attentats, détournements d'avions et prises d'otages à l'aide de moyens de plus en plus élaborés.
Malgré la diversité des situations, des intérêts et même des perceptions du terrorisme, la nécessité d'une concertation politique s'est imposée et a débouché sur une relative harmonisation des positions.
Les pays du G7, par leur caractère de puissances industrielles et de démocraties occidentales, sont les cibles privilégiées des organisations terroristes. Ainsi, même si c'est avec retard, la lutte contre le terrorisme est devenue internationale à la fin des années soixante-dix.
Le sommet de Bonn en 1978 est en effet le cadre d'une première prise de position du G7 en la matière. Parmi les vingt et un sommets ayant eu lieu depuis 1975, douze abordent le problème du terrorisme : Bonn en 1978, Venise en 1980, Ottawa en 1981, Londres en 1984, Tokyo en 1986, Venise en 1987, Toronto en 1988, Paris (sommet de l'Arche) en 1989, Houston en 1990, Londres en 1991, Tokyo en 1993, Halifax en 1995.
La première approche s'effectue alors que la piraterie aèrienne contre l'aviation civile des démocraties se développe fortement. La déclaration de Bonn fait en effet suite aux détournements d'avions des années 1970, 1972, 1976, 1977 qui font plus de cent victimes.
Préoccupation et déclaration d'intention en vue d'intensifier les efforts pour prévenir et combattre les actes de terrorisme sont le reflet d'une prise de conscience que les chefs d'Etat souhaitent voir partager par d'autres pays.
Il faut attendre le sommet de Venise en juin 1980 pour qu'à un discours compréhensif se substitue une condamnation vigoureuse suite aux attaques contre des locaux diplomatiques (le personnel de l'ambassade américaine à Téhéran est pris en otage le 4 novembre 1979 et libéré seulement en 1981). La détermination est de mise : le G7 appelle à l'intransigeance contre les terroristes et les Etats qui les parrainent. Cependant, les "mesures appropriées" sont encore relativement peu efficaces.
Des moyens de coopération, tels que les échanges d'informations sur les menaces et les activités terroristes, sont mis en place suite au sommet de 1981 (Ottawa) ; celui-ci fixe le renforcement et l'élargissement des mesures de prévention et d'action tant sur le terrain que d'un point de vue juridique.
On observe une préoccupation grandissante des pays du G7 à faire respecter les accords anti-terroristes internationaux dans un contexte de croissance du nombre des attentats perpétrés notamment par l'I.R.A (Irish republican army), la F.A.R (Fraction armée rouge), le groupe Abou Nidal ainsi que de nombreux groupes palestiniens.
C'est à Londres en 1984 que les propositions d'action se font plus précises. Le G7 se félicite du succés des mesures de sécurité accrues qui ont permis la baisse du nombre de détournements d'avions et d'enlèvements.
Le terrorisme a changé de visage : le renforcement de la coordination entre pays doit s'accompagner de mesures plus précises et mieux adaptées à ce nouveau terrorisme (examen par chaque pays des ventes d'armes aux Etats qui soutiennent le terrorisme, examen des législations nationales en matière d'expulsion).
Malgré un nouvel accroissement du terrorisme, la déclaration de Tokyo (1986) ne révèle aucune évolution par rapport aux sommets antérieurs : il s'agit de "combattre implacablement et sans compromis le terrorisme", déployer un maximum d'efforts, s'opposer au soutien des groupes terroristes par les pays ( la Lybie est mise en cause, c'est la première fois qu'un pays est ouvertement cité), appeler à la collaboration de toutes les nations (notamment au sein d'instances comme l'O.N.U ou l'organisation de l'aviation civile).
Peu d'évolution également l'année suivante à Venise, malgré la multiplication des attentats meurtriers à la fin de l'année 1986 : le G7 se félicite des progrès accomplis et rappelle la primauté du droit.
La permanence du discours n'éclipse pas pour autant celle de ce problème à l'ordre du jour.
Durant la deuxième moitié des années quatre-vingt, le terrorisme est l'objet d'une discussion chaque année. D'autres organisations entreprennent des travaux de lutte contre le terrorisme (Les accords de Montréal et de Rome pour la sécurité aèrienne et maritime sont conclus) et le G7 affirme son soutien au sommet de Toronto en 1988.
Lors du sommet de l'Arche qui se déroule à Paris en juin 1989, la condamnation globale de tous les actes terroristes laisse place à des condamnations plus particulières : celle de l'attentat contre un avion de la PanAm en vol au dessus de Lockerbie qui fait 270 morts et celle des prises d'otages répétées au Liban. De la multiplication des attentats à la bombe, les membres du G7 conclut la nécessité d'améliorer la détection des explosifs.
L'évolution tendant vers une désignation précise des actes condamnés par le G7 se poursuit au sommet de Houston en1990.
A Londres, en 1991, les discussions sont basées sur les menaces terroristes que la guerre du Golfe fait peser sur les démocraties occidentales tandis que deux ans plus tard, à Tokyo, "la recherche d'un monde plus sûr et plus humain" est affirmée avec vigueur.
En 1995, à Halifax, le terrorisme est encore à l'ordre du jour avec notamment la création d'un groupe d'experts qui livrera ses conclusions au sommet de Lyon en juin prochain.
Unis et solidaires dans la réprobation, les pays du G7 présentent officiellement un front unique dans les communiqués.
Les déclarations de Bonn, Tokyo, Venise et Toronto sont musclées sur le plan formel mais n'annoncent pas de mesures réellement efficaces. Celles-ci sont d'autant plus difficiles à mettre en oeuvre que les démocraties doivent répondre au terrorisme sans pervertir leurs valeurs fondamentales.
De plus, face au terrorisme comme à l'égard de toute criminalité, il n'y a pas de recette infaillible. Il est pourtant certain que seules des solidarités fortes et durables ont une chance de succès en la matière. C'est d'ailleurs ce qu'a déclaré l'actuel président du G7, Jacques Chirac, au sommet de Charm El Cheikh le 13 mars 1996 : " Le terrorisme doit être condamné par tous les Etats et sans ambiguïté ".
Suite aux vagues d'attentats contre la France durant l'été 95 et contre Israël en mars 96, nul doute que le terrorisme sera l'un des sujets abordés au sommet du G7 à Lyon les 27 et 28 juin prochains ...
Bibliographie :
Revues :
Problèmes politiques et sociaux - numéro 671 (10/1/92) : La lutte internationale contre le terrorisme -
Géopolitique - numéro 7 (automne 84) -
Géopolitique - numéro 11 (automne 85) -
Géopolitique - numéro 14 (été 86) -
Déclarations officielles du G7 aux sommets de Bonn en 1978, Venise en 1980, Ottawa en 1981, Londres en 1984, Tokyo en 1986, Venise en 1987, Toronto en 1988, l'Arche en 1989, Houston en 1990, Londres en 1991, Tokyo en 1993, Halifax en 1995
REPERES CHRONOLOGIQUES :
1970 : 21 février - Le FPLP-CG d'Ahmed Jibril fait exploser en vol un Coronado de la Swissair en route vers Tel Aviv : 47 morts
1972 : 30 mai - Des terroristes japonais mitraillent des passagers à l'aéroport de Lod à Tel Aviv : 25 morts
1976 : 27 juin - Détournement d'un Airbus d'Air France par le groupe palestinien de Wadi Haddad : 30 morts dont les 7 terroristes
1977 : 13 octobre - Détournement d'un Boeing de la Lufthansa
1979 : 27 août - Assassinat de Lord Mountbatten par l'I.R.A ; le même jour, 18 soldats britanniques sont tués par une bombe en Irlande du Nord
1980 : 8 février - Attentat en gare de Bologne attribué à l'extrême droite italienne : 85 morts et 203 blessés
3 octobre - Attentat à la voiture piégée, rue Copernic à Paris : 4 morts et 22 blessés
1981 : 29 août - L'intervention d'un commando d'Abou Nidal contre la synagogue de Vienne fait 2 morts et 18 blessés
1982 : 22 avril - Attentat rue Marboeuf à Paris devant le siège d'un journal pro-irakien : 1 mort et 60 blessés
9 août - Fusillade dans la rue des Rosiers à Paris perpétrée par le groupe Abou Nidal : 6 morts et 22 blessés
17 décembre - L'I.R.A fait exploser une bombe devant le magasin Harrod's à Londres 5 morts et 91 blessés
1983 : 15 juillet - Le groupe arménien Asala fait exploser une bommbe à l'aéroport d'Orly : 8 morts et 60 blessés
1984 : 23 décembre - Attentat à la bombe dans le train Naples-Milan : 15 morts et 130 blessés
1985 : 7 octobre - Prise en otage organisée par Abou Abbas du navire de croisière Achille Lauro
1986 : 5 avril - Attentat à la bombe dans une discothéque de Berlin-Ouest fréquentée par des soldats
américains : 2 morts
17 septembre - Clôturant une série d'attentats aveugles commis durant la deuxième semaine de septembre par les FARL à Paris, une explosion rue de Rennes fait 5 morts et 51 blessés.
1987 : 19 juin - Attentat dans un supermarché de Barcelone perpétré par l'ETA : 18 morts
1988 : 21 décembre - Explosion en vol d'un avion de ligne de la PanAm au dessus de Lockerbie (Ecosse) : 270 morts
1989 : 19 septembre - Un avion de ligne d'UTA est détruit en vol au dessus du Niger : 171 morts
1991 : 7 février - Attentat manqué de l'IRA contre le 10 Downing Street
1994 : 24 décembre - Détournement d'un Airbus d'Air France par des islamistes
1995 : 25 juillet - Attentat islamiste à la station st Michel : 5 morts 34 blessés
1996 : mars - Vague d'attentats contre Israël

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